Mardi 23 octobre 2007
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LES KEEKEFRETTERS ou KIEKEFRETTERS
Notre histoire se passe du temps de la duchesse Jeanne de Brabant et de Wenceslas de Luxembourg.
Rappelons que Jeanne était née le 24 juin 1322, elle était la fille aînée des 6 enfants de Jean III, duc de Brabant. Elle était veuve de Guillaume II, comte de Hainaut quand elle épousa
Wenceslas, duc de Luxembourg, qui lui était le frère de Charles de Luxembourg, empereur d’Allemagne, et fils de Jean, comte de Luxembourg, roi de Bohème, surnommé Jean l’Aveugle. C’est sous son
règne que fut construite la seconde enceinte de Bruxelles. À cette époque des bandes infestaient le pays, elles attaquaient les marchands, les rançonnaient et pillaient leurs marchandises. Le
comble, à cette époque, certains seigneurs les soutenaient, les protégeaient et leur donnaient même l’asile, naturellement en partageant le butin. Pourtant, ces gentilshommes avaient juré le jour
où ils avaient été armés chevaliers de consacrer leur vie à la défense du plus faible et des opprimés, et de respecter l’honneur et la probité, et ils étaient solidaires avec ces bandes de
voyous, de voleurs et de mercenaires, mais les profits facilement acquis étaient trop tentants. Certains de ces seigneurs se mettaient même à la tête de ces bandits de grand chemin, tuant,
saccageant, dévastant, pillant les biens des pauvres gens qui peinaient dur pour subvenir à leurs besoins familiaux. Pour ces hommes sans honneur, cette vie d’aventure les grisait et leur
permettait sans trop de mal de vivre dans l’abondance avec les richesses acquises par leurs crimes.
Il se fait qu’un jour, les Bruxellois apprirent que Guillaume VI, duc de Juliers pratiquait cette manière de faire fortune, et de protéger et d’accueillir en son château ces brigands. Wenceslas
réunit ses gens d’armes, ses vassaux et à la tête dune nombreuse armée marcha, allié au duc de Gueldre, contre le duc de Juliers. Il faut remarquer qu’à l’appel du duc Wenceslas beaucoup de
gentilshommes brabançons, liégeois, français même se rangèrent sous sa bannière au lion d’or. Les Bruxellois surtout avaient tenu à combattre sous les ordres du duc Wenceslas.
Ces principaux bruxellois qui combattirent à côté du duc Wenceslas étaient : Jean et Henri de Bouchout, Walter de Beertem, Robert de Berlaer, Jean d’Ophem, Guillaume, seigneur d’Aa, Jean
Vandermeeren de Saventhem, Henri de Duffel, l’Amman Jean de Redelghem, Siger d’Oostkerque, Jean et Guillaume de Weldert, Robert d’Assche, Jean de Diedeghem et le sire Gérard Rolibuc. Nos
vaillants guerriers rencontrèrent l’ennemi, le 21 août 1371, dans les plaines de Bastweiler, près de Gelenkirchen.
Les Brabançons eurent d’abord l’avantage ; le duc de Juliers fut fait prisonnier par Jean de Diedeghem, mais une attaque inopinée changea le cours des choses et le duc Wenceslas fut pris à son
tour avec Renaud, duc de Gueldre. Ce fut la déroute dans les rangs de l’armée brabançonne. On raconte même que certains chefs de l’armée du duc Wenceslas étaient des plus courageux. Un fait est à
signaler : sire Gérard Rolibuc avait eu une dispute avec un chevalier du duc de Juliers, un certain Eustache Vandenbogaerde. Lorsqu’ils se sont rencontrés au milieu de la mêlée, les 2 ennemis se
chargèrent avec tant de fougue qu’ils s’entre-tuèrent.
Pendant cette bataille, 7.000 Brabançons furent tués, dont 700 nobles (toujours ce chiffre 7). Parmi les nobles figurent Jean de Releghem, Gérard Rolibuc, Franc Swaef et Walter Pipenpoy. Le duc
Wenceslas resta 11 mois en prison. Il ne dut sa liberté qu’à son frère Charles IV, empereur d’Allemagne, et ses sujets eurent à payer une rançon de neuf cent mille moutons d’or. Pourtant, les
Bruxellois semblaient sûrs de remporter la bataille. Il est vrai qu’ils ont toujours et restent encore en ce XXe siècle confiant et croient à la légère ce qu’on leur raconte. Ils ne doutent de
rien, sont tolérants à l’extrême, forts en paroles, aimant bien vivre, leur tête s’échauffe facilement, en fait ils sont dignes de ces anciens conteurs Gaulois qui finissaient par croire
eux-mêmes les gasconnades qu’ils racontaient, tout comme les habitants de la Provence et de Marseille. Pourtant, ils ne sont pas fils des pays méridionaux, où le soleil est radieux, ils sont nés
dans une région brumeuse et pluvieuse.
En fait, en 1371, les Bruxellois ne faillirent pas à leur réputation de joyeux et optimistes larrons.
Pour eux, il ne s’agissait que dune partie de plaisir et non de combattre un ennemi redoutable, comme ces bandes aguerries. Pour nos Bruxellois, ces maraudeurs, ces brigands, ces pillards
n’étaient que de petits voyous et voleurs, et ils croyaient dans leur naïveté que l’armure d’un chevalier les mettrait en fuite. Et puis, ce duc de Juliers, qui se plaçait à leur tête, soutenant
ces bandits de grands chemins, n’était en somme qu’un lâche, un profiteur, tout juste capable d’attaquer les marchands sans défenses et d’attaquer les pauvres gens inoffensifs. Nos braves
bruxellois s’en allèrent donc au combat dans un singulier équipage. Leurs valets ne portaient pas des armes et munitions de rechange, mais bien des poulets et des bouteilles de vin. Comme seul
bagage, ils emportèrent à leurs selles des bouteilles, des flacons, des gobelets, des viandes fines, des pâtés de saumon, de truites, le tout enveloppé de petites serviettes, comme pour un
pique-nique de nos jours. C’est ainsi que les Bruxellois partirent à la bataille en 1371. Le soir de la bataille, les vainqueurs s’emparèrent de ces belles et bonnes provisions, et à la barbe des
vaincus, mangèrent ce festin tout préparé.
Et aujourd’hui encore, le surnom de "mangeurs de poulets" "Kréekefretters ou Kiekefretters" est resté aux Bruxellois, pourtant ils ne mangent pas plus de cette volaille que les autres. Mais il
faut reconnaître que lorsque les Bruxellois vont de nos jours en pique-nique ou camper, dans leur menu figure presque toujours un bon poulet rôti ou froid accompagné d’une belle salade, de
tomates et de mayonnaise.
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