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Mardi 3 janvier 2006 2 03 /01 /Jan /2006 16:42

L'odorat est le sens du désir, de l'appétence, de l'instinct. Il porte la marque de notre animalité, c'est probablement pourquoi il est le plus dénigré de tous les sens car il est chargé de tabous mais aussi de mystérieuses fascinations.
Cependant, notre langage est impuissant à traduire les sensations olfactives.
Les récepteurs olfactifs sont encore très mal connus. Leur rôle exact face à des molécules odorantes, leur sélectivité respective ne sont pas clairement définis.
L’idée la plus raisonnable, développée par des physiologistes, est qu’une molécule odorante déclenche une réponse sur un certain nombre de cellules 100, 1000, 10000 qui envoient un signal au cerveau.
Le fait que ce soient telles cellules plutôt que d’autres qui envoient ce signal permet au cerveau de se souvenir qu’il a déjà “vu” ou non la molécule impliquée.
L'odeur naît donc d'une rencontre dans les profondeurs des fosses nasales entre les molécules qui s’échappent des fleurs, des fruits ou des parfums, et les quelque 10 millions de cellules réceptrices qui forment notre appareil olfactif.
Les cils olfactifs peuvent détecter jusqu’à 10000 effluves différents à des concentrations extrêmement faibles.
Dès que l’on approche une fleur du nez, les molécules odorantes entrent en contact avec la membrane des cils olfactifs.
La perception d'une odeur résulte d'un stimulus très rapide, presque instantané, qui comporte plusieurs informations parmi lesquelles, l'intensité et la qualité de l'odeur.
Au niveau de l'intensité, notre odorat se comporte comme pour la notion de chaud et de froid. L'intensité du signal est importante au début de la perception puis baisse progressivement avec l'adaptation.
Sur le plan qualitatif, notre odorat fonctionne comme pour la notion de goût. Nous pouvons reconnaître, apprécier et classer la qualité d'une odeur.
Le nez humain est capable de reconnaître jusqu'à 4.000 odeurs à des concentrations très faibles en molécules odorantes.
Tout cela explique qu’un parfum peut susciter une émotion sensorielle et sensuelle.

Les orchidées sont, pour l'amateur de plantes odorantes, nimbées d'une aura de fascination et de mystère qui n'appartient qu'à elles. Elles sont fabuleuses, extraordinaires, magiques.
Pourtant, leurs extraits odorants ne sont pas, ou très peu, exploités en parfumerie. Seule la Vanille ou Tlilxochitl des Aztèques, est devenue, avec la découverte et la conquête du Nouveau Monde, l'un des principes aromatisant les plus connus et exploités. Mais il ne s'agit pas de la fleur mais du fruit qui est traité en vue de l'aromatisation des aliments et dans la composition des parfums.
Encore aujourd’hui, même depuis l'étude de la composition chimique de leurs émanations florales par les différentes techniques de "l'espace de tête", on ne rencontre pas sur le marché du parfum d'extraits odorants naturels d’orchidées.
Quelques tentatives d'extraction ont été effectuées à partir des fleurs d'orchidées exotiques, dont la fleur de Vanille et le Dendrobium Pompadour.
La difficulté de se procurer de grandes quantités d'orchidées épiphytes pour le traitement industriel de l’extraction des essences parfumées explique l'extrême rareté sur le marché d'extraits odorants d’orchidées.
L’orchidée, fleur mystérieuse, magique, fascinante mériterait pourtant qu’on lui rende hommage.
La famille des orchidées est très probablement la plus grande et en même temps la plus jeune famille de fleurs. Les orchidées offrent une grande variété de formes, de couleurs et surtout d'odeurs. Une idée fausse circule : elle affirme que les orchidées sont inodores. Cette idée fausse vient du fait que les hybrides que l’on trouve aujourd'hui chez les fleuristes et horticulteurs sont souvent sans odeur, ou dégageant une odeur faible.
Parmi les espèces naturelles, 50 % des 2.000 d’entre elles ont été classées comme modérément à fortement odorantes, et seulement 15 à 20 % comme inodores. Il faut noter aussi qu’un grand nombre de ces orchidées sont caractérisées par une émanation d’odeur pendant une période très courte de la journée.
Même si le parfum des orchidées plaît souvent à notre sensibilité esthétique, sa raison première, est bien évidemment l'attraction des insectes pollinisateurs.
Charles Darwin, dans son œuvre, The Various Contrivances by which Orchids are Fertilized by Insects démontra la corrélation entre l’émission d’odeurs et l’attraction des insectes pollinisateurs.
De nombreux scientifiques américains et suédois, Dodson, Dressler, Williams, Whitten, Kullenberg, Bergstöm, Nilsson, Karlson, ont étudié les relations entre les d'orchidées et leurs pollinisateurs.

Les orchidées au parfum agréable sont  appelées "orchidées papillons de nuit"
Environ 8 % des espèces d’orchidées exhalent un parfum nocturne, elles sont en effet pollinisées par des papillons de nuits. Ces orchidées sentent le jasmin, le chèvrefeuille, la tubéreuse, le gardénia, elles sont souvent de couleur blanche ou ivoire, ce qui en plus de l'irrésistible parfum, attire les papillons de nuit pendant leur vol.
L'exemple peut-être le plus fascinant est celui de l'Angraecum sesquipedale originaire de Madagascar. Cette orchidée produit, seulement la nuit, un parfum rappelant le lys.
L'Angraecum sesquipedale possède un éperon d’une longueur pouvant atteindre jusqu'à 45 cm, Charles Darwin décrivit ces fleurs magnifiques, en 1862, et prédit aux botanistes et aux biologistes l'existence d'un insecte dont le proboscidien (la trompe) serait suffisamment long pour pouvoir prélever le nectar au fond de ce très long éperon. Quarante ans plus tard, le pollinisateur correspondant : le papillon de nuit, de la famille des Sphinx, le Xanthopan morgani, fut découvert dans les forêts chaudes et humides de Madagascar. Il reçut, en l'honneur de Darwin, le nom supplémentaire de " praedicta".
Le parfum émis par l’Angraecum sesquipedale est formé de 40 composants, principalement l’isovaleraldoxime (34 %), le phenylacetaldoxime (2 %).
Les oximes, notamment les isovaleraldoxime, methylbutyraldoxime et phenylacetaldoxime (composés chimiques comportant une liaison double entre un atome de carbone et un atome d'azote) se retrouvent parmi les composants chimiques de nombreux Angraecum.
Le parfum de l’Angraecum eburneum ssp eburneum est formé de 33 composants et contient 9,9 % d’isovaleraldoxime.
Le parfum de l’Angraecum eburneum ssp superbum est formé de 25 composants, et contient 26,8 % de 2-methylbutyraldoxime.

Les orchidées sont des exemples fascinants d'une coévolution impressionnante entre les fleurs et des pollinisateurs. Ces orchidées offrent un excès de nectar, souvent caché au fond d'un long tube de corolle ou d'un long éperon. Le nectar est accessible uniquement pour le papillon dont le proboscide présente une longueur identique à celle de l’éperon de l’orchidée.
Un autre genre d’orchidées africaines très attrayant, ne contenant pratiquement que des représentants de couleur blanche et actifs de nuit, est celui des Aerangis qui compte environ 50 espèces.
L’Aerangis confusa, originaire du Kenya, et Aerangis kirkii, originaire du Kenya et de la Tanzanie exhalent une agréable senteur de type "fleur blanche" caractérisée par des aspects tubéreux et gardénia.
Le produit naturel responsable de ce parfum est le cis-4-méthyl-5-décanolide.
Cette lactone d'odeur agréable présente dans ces deux espèces d’Aerangis, a été appelée lactone aerangis (La lactone est un ester cyclique, c’est-à-dire un acide carboxylique caractérisé par la présence du groupe fonctionnel carboxyle -CO2H.).
La lactone représente dans Aerangis confusa environ 2 à 5 % et dans Aerangis kirkii l'énorme quantité de 20 à 30 % des composants de "l'espace de tête".
Il est intéressant, de noter que la lactone est accompagnée par un autre produit naturel identifié jusqu'à aujourd'hui seulement dans ces espèces d'Aerangis, le 3-méthyl-octanoate de méthyle. Cet ester ajoute à l'odeur une note de fruits trop mûrs et de levure de vin.
L’Aerangis confusa contient 2,7 % de cis-4-méthyl-5-décanolide, l’Aerangis kirkii en contient 26,2 %.

Les orchidées qui puent sont appelées "orchidées mouches"
Contrairement aux espèces actives la nuit, qui souvent flattent notre odorat, certaines orchidées exhalent une odeur de charogne. Rien d’étonnant puisque leurs pollinisateurs sont des mouches à viande. Ces diptères sont attirés par l’odeur, la couleur et la texture de l’orchidée et déposent leurs œufs sur le labelle. La pollinisation a lieu à cette occasion, ce qui est le but de tout ce mimétisme.
Ce phénomène est représenté par environ 15 % des espèces d’orchidées et spécialement par les genres Cirrhopetalum et Bulbophyllum que l'on rencontre dans le sud-est asiatique.
Un exemple inoubliable est Cirrhopetalum robustum des forêts tropicales humides de la Nouvelle-Guinée. Les fleurs exhalent une puanteur pénétrante, elles contiennent de l'acide butyrique (- 4 %), de l'acide 2méthylbutyrique (- 3 %) et ses homologues ainsi qu'une note aminée non encore identifiée.
Le Bulbophyllum echinolabium sent aussi la vieille charogne.
Les Masdevallia, genre sud-américain, présente aussi des espèces avec ce type d'odeurs pénétrantes. L’exemple type est la Masdevallia caesia des forêts humides de montagne de Colombie ; son odeur aussi est dominée par l'acide butyrique (2,5 %).
Le cas du Dracula chestertonii et de son prodigieux talent de mimétisme est impressionnant : cette fleur originaire de Colombie présente comme message sémiochimique une odeur de champignon.
Son constituant principal est l'octen-3-ol (46 % des substances dans "l'espace de tête") est actuellement le composant caractéristique de nombreuses espèces de champignons.
De plus, le grand labelle de cette espèce de Dracula imité parfaitement le volume et la forme de la tête d'un champignon existant dans le même biotope ; les femelles des mouches à champignons sont attirées et agissent comme pollinisateurs.

Les orchidées au parfum agréable émis la journée sont appelées aussi "orchidées abeilles"

Environ 60 % du total des espèces d’orchidées libèrent leur senteur pendant la journée. Ces orchidées tropicales et subtropicales attirent par un très large spectre d'odeurs, les espèces d'abeilles respectives, des guêpes ou des bourdons. Ces parfums couvrent le spectre entier de "rose-floral", "ionone-floral", "épicé-floral" à "animal-floral", et ces notes incluent les combinaisons possibles caractérisées par des aspects musc ou boisé.
Quelques exemples illustrent ce groupe très varié des orchidées abeilles.
Les néotropiques dont l’exemple le plus célèbre est le Cattleya labiata originaire du Brésil.
Le Cattleya labiata est souvent considéré comme la quintessence des orchidées. Ces fleurs pourpres sont spectaculaires et émanent une senteur attrayante "épicée-florale" composé de linguatule (16,1 %), de benzoate de méthyle (8 %), de salicylate de méthyle (6 %), d'alcool phényléthylique (1 %), l'époxide de caryophyllène (2,6 %), de caryophyllène (10,2 %), d'eugénol (1 %), et complétée par de nombreux constituants mineurs.
Le Cattleya luteola représente bien la soixantaine d'espèces du genre Cattleya. Elle est originaire des Etats d'Amazone et des régions adjacentes du Pérou.
Si on analyse ses fleurs jaunes tôt le matin entre 4 et 6 heures, on peut jouir d'un parfum délicat et frais, vert-floral, légèrement boisé d'une intensité relativement faible. Vers 7 heures du matin, cette senteur n'est pratiquement plus perceptible. Ce parfum délicat est composé de plus de 95 % d'hydrocarbures sesquiterpéniques de seuil de perception assez élevé tels que le caryophyllène (83,5 %) et l'a-copaene (4,5 %), mais les constituants vraiment responsables de la senteur représentent moins de 1 % de "l'espace de tête" total : le cis-3-hexenol, le nonanal, le decanal, l’alcool phenylethyl et le jasmone
L'observation faite par Dodson dans des études en plein champ au Pérou est très intéressante, le Cattleya luteola est vraiment visité et pollinisé entre 5 h.30 et 5 h. 45 du matin par une espèce d'abeille crépusculaire. L'émanation de la senteur et la courte période de visite par le pollinisateur, sont donc optimalement synchrones.
Le merveilleux Cattleya dowiana doit les particularités de son parfum à l’alcool phenylethyl (17 %), au linalool (15,5 %), au geranial (15 %), à 2-amino benzaldehyde, à l’eugenol, à l’indole et à un soupçon de vanilline.

Le genre Masdevallia, autre genre néotropique, comprend environ 380 espèces, presque toutes épiphytiques. Ces fleurs fascinantes, souvent d'une couleur merveilleuse, sont d'une taille hors du commun. Ce genre est en général considéré sans odeur, pourtant il est composé de nombreuses espèces exhalant une odeur très déplaisante et pénétrante. Pourtant l'extrême diversité dans la senteur d'orchidée est reflétée jusque dans ce seul genre. Il inclut un représentant extraordinaire du type "épicé-floral" la Masdevallia glandulosa. Son parfum est absolument transparent, une combinaison attrayante de notes d'œillet et de daphné. Son composant majeur est l'eugénol (13,5 %), l'alcool cinnamique (3,9 %), le chavicol (1,5 %), la vanilline, l'alcool benzylique (14 %), l'alcool phényléthylique (6,3 %) et un soupçon de vanilline. Tous ces constituants forment l'accord de base "épicé-aromatique", qui est amélioré par les notes fraîches-florales du linalool (1,5 %) et de l'ocimène (11 %) ainsi que par la note fruitée du 3-hydroxybutyrate de méthyle (10,8 %).
Le parfum de la Masdevallia laucheana originaire du Costa Rica est aussi unique. À l’aube, son parfum est extraordinairement diffusif, frais, "rose-floral" et "ionone-floral". Son composant principal, l'ocimène (60 %), est accompagné de nérol (1 %), de géranial (6 %), de citronellol (2,5 %) et de géraniol (20,6 %), et l'accord résultant est arrondi par la béta-ionone (0,5 %) et par des traces de plusieurs autres substances chimiques.
La Masdevallia veitchiana, de couleur vermeille, espèce originaire du Pérou, est une espèce inodore. Cette orchidée n'a pas besoins d'odeur - elle est pollinisée par des colibris qui utilisent les couleurs brillantes plutôt que l'odeur pour repérer la fleur.

Les Stanhopea, habitant l’Amérique tropicale, sont des orchidées éphémères mais caractérisées par des parfums envoûtants et fascinants. Le parfum des Stanhopea est pour moi inoubliable, j’ai acheté des Stanhopea pour leur parfum !
La Stanhopea ecornuta doit les particularités de son parfum au (E)-ocimene et à l’aldhéhyde cinnamic.
Le parfum de la Stanhopea tigrina provient des composants mineurs accompagnant l’acetate de phenylethyl (92 %), en particulier la béta-ionone, la couramine, la vanilline, le p-hydroxy phenylbutan-2-one.

La région indoaustralienne abrite 40 à 50 % de toutes les espèces d'orchidées. La senteur du Cymbidium goeringii, originaire du sud de la Chine, de Formose et du sud du Japon est très attrayante. La variété chinoise exhale une senteur merveilleusement pure et transparente qui rappelle le citron parfaitement mûr, le lys de la vallée, et surtout le jasmonate de méthyle. En effet, lors de l’analyse chimique en 1991 on a découvert dans la senteur isolée non seulement les cis ou trans (Z)-jasmonates de méthyle connus, mais même de plus fortes quantités de la substance 4 et de son analogue trans, qui contribuent principalement à la senteur du Cymbidium goeingii. Ces jasmonoïdes sont accompagnés par les constituants majeurs, le nérolidol (58 %) et le (E, E)-farnesol (11,5 %), ainsi que leurs dérivés, ils sont responsables du côté lys de la vallée de cette noble senteur d'orchidée.

Conclusion
Il existe trop peu de qualificatifs pour décrire la multitude des parfums exhalés par les orchidées et je ne peux en donner qu’un bref aperçu. Il est important de retenir que l’émanation des senteurs d'orchidées peut être caractérisée par son extrême dépendance à l'heure.
De son temps, Carolus Linaeus avait établi le plan d'une horloge de fleurs dans laquelle les plantes étaient disposées de telle sorte que les fleurs s'ouvraient ou se fermaient séquentiellement selon l'heure.
De façon analogue, on pourrait concevoir une horloge pour les orchidées conformément à la période d'émanation de senteur.
Nous aurions, par exemple
- à l’aube, le Cattleya luteola,
- -vers midi, la Masdevallia laucheana,
- -au crépuscule l’Aerangis confusa.

Par Viviane - Publié dans : Orchidées
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