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Vendredi 4 novembre 2005 5 04 /11 /Nov /2005 00:00
LES FONTAINES d’ANTAN

Une mention toute spéciale dans l’histoire de notre vieux Bruxelles, est certainement celui des Eaux. Singulière  destinée que celle des habitants de Bruxelles et sa Région réclamant de l’eau à tous les échos ! Si jamais ville fut bien placée pour ne pas manquer de ce précieux liquide, ce fut bien la ville de Bruxelles, dont le nom seul indique une localité ne manquant pas d’eau, au contraire, si les habitants de la capitale n'ont jamais eu quelque plainte à formuler dans les siècles passés, c’était à cause de l’abondance des eaux !
Les trop nombreuses inondations qui ont désolé Bruxelles et sa banlieue en est la meilleure preuve.
Comment expliquer qu’un si singulier phénomène arrive depuis la seconde moitié du siècle passé, la ville de Bruxelles paraît se trouver dans une disette presque complète d’eau potable ? Nous n’entreprendrons pas d’éclaircir ce singulier mystère, il n’est pas de nos compétences. Le fait est cependant que, depuis plusieurs années, des commissions communales, des commissions provinciales, composées des hommes les plus compétents, des hydrauliciens les plus savants se sont réunis pour aviser aux moyens de doter la ville de Bruxelles d’un sérieux système de distribution d’eau, et ce sans y parvenir complètement.
Et pourtant, autrefois, et même jusqu’en 1830, Bruxelles comptait dans son enceinte une suite de plus de vingt et une fontaines, presque toutes aussi remarquables par leur construction artistique et élégante que par l’abondance de leurs eaux.
Nous ne pouvons en donner qu’une énumération sommaire, leur description détaillée prendrait toute une brochure. Il faut également signaler que beaucoup de Bruxellois d’aujourd’hui apprendront, non sans étonnement, qu’ils possédaient autrefois gratuitement, près de leur porte, une eau saine et limpide, tandis qu’on leur fait venir aujourd’hui de loin et à grands frais une eau qui leur est parcimonieusement mesurée et très cher à la consommation.
Autrefois, la Grand-Place de Bruxelles était ornée de fontaines remarquables. En 1302 on y éleva une superbe fontaine, qui fut démolie en 1565, après avoir existé 263 ans. Cette œuvre gothique, dont il ne reste plus qu’un dessin comme souvenir, consistait en huit jets d’eau et huit cuves. La nouvelle fontaine qui prit sa place commença à donner de l’eau le 7 novembre 1566. Elle était formée de cinq cuves, dont trois, celle du milieu et celles des côtés extrêmes, étaient plus grandes que les autres et ornées de petites têtes de lion.
Sur cette même place, contre la bretêque de la Maison du Roi, se trouvaient adossés trois niches et deux panneaux ; ceux-ci, occupés par des médaillons à tête d’éléphant jetant de l’eau par la trompe ; celles-là, offrant des femmes presque entièrement nues. L’eau jaillissait dans la cuve du milieu par les seins d’une de ces femmes, et dans celles des extrémités par des vases tenus à mi-corps par les deux autres statues. Sur les parois latérales, on voyait un médaillon à tête de lion entouré de guirlandes de fleurs. Aux coins du mur de la fontaine, sur de petits piédestaux, étaient deux statues d’hommes nus tenant un écusson.
Tel était, en ce temps-là, l’aspect qu’offrait notre belle Grand-Place.
Nous ne parlerons pas des fontaines mentionnées dans certains vieux documents, qui ornaient les appartements de l’Hôtel de Ville, et qui avaient émerveillé Philippe II, roi cependant peu sensible aux choses merveilleuses. Il existait même, dit l’historien Van Varnewyck, un jet d’eau dans la tour de l’Hôtel de Ville !
Sur l’emplacement de la place Saint-Jean, au carrefour des rues de la Violette et de l’Hôpital, s’élevait un obélisque en pierre bleue, d’où les eaux s’échappaient d’une tête de lion. Cette fontaine, don du pensionnaire Jean-Baptiste de Wilde, subsistait encore en 1844.
La fontaine du Cracheur, est d’une origine excessivement antique et est l’une des dernières qui existent encore de nos jours.
La Laitière, jolie statue exécutée par Devos, était située dans la rue au Beurre, au pied de la tour Saint-Nicolas. Elle fournissait sans doute l’eau nécessaire au baptême du lait.
Sur l’emplacement d’un ancien marché existant entre la rue des Fripiers et l’église Saint-Nicolas se trouvait une fontaine remarquable par ses sculptures. Elle portait le nom des Trois Pucelles ou des Trois Déesses, parce que, d’après une vieille tradition, son origine remontait aux temps du paganisme.
Rue des Bouchers se trouvait la fontaine du Roi.
La fontaine dite du Marché-aux-Poissons, au coin de la rue de la Colline, devant l’entrée des Galeries Saint-Hubert. Elle avait été construite en 1617, d’après le dessin de Maître Jérôme Duquesnoy.
Vers le bas de la rue de la Madeleine, dans une propriété particulière, se trouvait la fontaine nommée T’Guetken.
Au milieu de la Cantersteen, deux colonnes et deux pilastres d’ordre ionique, posés sur un piédestal carré, fournissaient une eau abondante.
A l’entrée de la rue de l’Empereur, on rencontrait la fontaine du Grain de poivre, ainsi désignée à cause du voisinage d’une brasserie qui portait ce nom.
Rue de Ruysbroeck se trouvait la fontaine de Saint-Jacques ou Fontaine de Colin.
Un des plus beaux monuments du vieux Bruxelles était certainement cette fontaine de la Steenpoort ou des Neuf Bassins, qui fut achevée le 10 décembre 1682. Ses quatre faces étaient chargées d’ornements et de sculptures ; au sommet, quatre jets d’eau s’élevaient à volonté à plusieurs pieds de hauteur. L’eau qui en jaillissait se recueillait dans un bassin servant de couronnement à la fontaine, et, de là, passant dans des tuyaux inférieurs, allait former quatre jets, reçus dans de grandes coquilles, puis se déversait de nouveau par quatre jets dans des cuvettes placées à la base du monument. Cette fontaine fut démolie en 1825.
La célèbre fontaine de Manneke-Pis a été l’objet de plusieurs légendes. Déjà citée en 1542 sous le nom de Manneken-Pis, elle portait aussi à la même époque le nom de Juliaenkens-borre, fontaine du petit Julien. Le 13 août 1619, Jérôme Duquesnoy fut chargé par le Magistrat de Bruxelles de remplacer le primitif modèle de pierre par une statue de bronze.
C’est celle que nous voyons encore aujourd’hui.
D’autres documents nous signalent que depuis les temps les plus reculés, une colonne cannelée, surmontée d’une statue de la Vierge, fournissait de l’eau aux habitants de la rue du Lombard. Il existait également près de l’église Saint-Géry une fontaine, consistant en un pilier surmonté de la statue de Saint-Géry en bronze ; l’eau jaillissait de la gueule d’un ours également en bronze.
Le plus beau monument qui fournit encore de l’eau de nos jours, est situé à la place du Sablon, il date de 1741. Il est dû à la générosité de Lord Aylesbury, pair d’Angleterre, qui avait habité trente-deux ans à Bruxelles, après avoir épousé une héritière de la famille belge des sires de Locquenghien.
Place de la Chapelle, on voyait une belle pyramide exécutée d’après les dessins du célèbre architecte Guymard, elle portait le nom de Fontaine de la Trinité ou de Notre-Dame.
A la porte de Hal, au début de la rue Haute, il y avait la Fontaine de Charles-Quint.
La rue des Marais traversait autrefois de véritables marécages, d’où le nom de Warmoes broeck donné à tout le quartier environnant. Là se trouvait une fontaine, renommée particulièrement pour l’excellente qualité de son eau, et portant le nom d’Arnould Magnus.
Nos aïeux ont connu dans la rue des Boiteux, au rez-de-chaussée de la maison portant le n° 6 bis, là où a été construit un bâtiment annexe de la C.G.E.R., une fontaine qui, déjà au XVe siècle, était en grande vénération ; on attribuait à son eau, qui était la meilleure de Bruxelles, la vertu de guérir les membres estropiés.
Le jour de la fête de Saint-Roch, une affluence considérable de pèlerins souffrants venait s’y laver. Cette fontaine, appelée autrefois Fontaine des Perclus, et ensuite Fontaine des Boiteux, donna son nom à la rue.
Enfin, à l’endroit où commence la rue Neuve, percée en 1839, entre les rues de Malines et de la Blanchisserie, se trouvait une fontaine qui datait de 1620 et qui était alimentée par des sources situées rue du Marais. En 1622 elle consistait en un pilier entre deux cuves, qui fut décoré le 10 avril 1776 d’une statue en marbre blanc représentant Neptune en courroux, due au sculpteur bruxellois Janssens.
Le dieu, armé d’un strident, était placé sur un char en forme de coquille, soutenu aux deux côtés par des tritons, et, sur le devant, par deux têtes de chevaux marins. Les ornements du piédestal étaient de style Renaissance, et l’eau jaillissait des quatre faces du monument.
Et aujourd’hui, que sont devenues ces eaux si précieuses qui rafraîchissaient nos ancêtres et embellissaient notre capitale.
On nous affirme qu’elles se perdent toutes dans les égouts de la ville, et ce au profit de personne. Il faut bien forcer la main aux abonnés des eaux de la ville.
Il paraît que l’économie sociale et hygiénique du XXe siècle le veut ainsi.


Texte de Louise Starck Claessens
Par viviane - Publié dans : Bruxelles
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